vendredi 20 avril 2012

Rouge



ROUGE


Le sang qui a coulé de mes veines endolories par l’automutilation quand j’étais en colère,
Le sang qui a tant coulé de nos veines, mêlé au flash spécial de l’orgasme glacial,
Le sang de la mort blanche,

Le sang menstruel du sexe de Judith mêlé à celui de mon nez ivre de fatigue,
De clown déglingué,
Le flot de sang qui a coulé du sexe de Louis qui ne pouvait pas faire l’amour et qui rongeait son frein et que ma main a délivré,

Le sang transmué en orgasme impérial,
Le sang transmué en orgasme impérial,

Le fleuve de sang coulant des narines de mon père,
Immédiatement transformé en fraises, pour ne pas pleurer
Des larmes de sang et de douleur
Issues de la perte du père,

Le sang qui a coulé sur une table de dissection lors de l’autopsie exigée par la loi à la mort du frère qui devait fêter ses 30 ans,
Et la goutte de sang, noire, fascinante et séchée, sur ce même cou de jeune homme couché dans un cercueil le jour de ses 30 ans,
Désormais à jamais apaisé,
Un foulard rouge autour du cou tranché,

Le sang jaillissant des veines tranchées de mon index droit,
Au moment précis où, dans un éclat de rire, à l’assemblée médusée, je hurlais :
« Ma parole est plus tranchante que le verre de cette coupe que j’ai levée en votre honneur et que vous ne méritez pas »,

Le sang qui a giclé sur les murs de cette table de travail au petit matin de la naissance,
Le sang de la vie, rouge sur blanc,
Le sang de mon enfant au mien mêlé,

Le sang injecté dans les yeux de l’aimée, ivre de haine,
Le sang qui monte aux joues lors du premier plaisir donné par la bouche d’un autre, légèrement en dessous de la ceinture, sentiment diffus de honte et joie mêlées au pacte du désir,
Seulement la première fois,
Le sang injecté dans les yeux de l’aimée, ivre de fatigue,

Le sang versé par mes arcades dans la baignoire de la fille du député,
Le sang versé par mes arcades aux urgences de l’hôpital,
A la sortie d’un spectacle de travestis,
Le sang versé par mon cerveau aux urgences de l’hôpital,

Qui inondait les infirmières virginales que je voulais baiser,
Nues sous leurs blouses blanches, machines à fantasmes,

Le sang des larmes versée sur la mort des êtres chers,
Les larmes de sang finalement impossibles à verser parce que la mort n’a pas chômé,

Le sang de ce pouce maternel tranché en deux par une boîte de sardines perverses,
Le sang du corps maternel traîné sur la route par un camion pervers,

Le sang des peuples qui n’ont rien demandé,
Le sang des petites filles excisées au nom de quoi ?
Et laissées pour mortes aux bons soins de la nature,

Le sang qui manque à ceux qui sont en manque de sang,
Le sang de la fierté et de la honte, exhibé aux fenêtres,
Le matin qui suit le premier viol conjugal,

La coupe de sang que j’ai refusé de boire
Venant d’une femme regard de braise et bouche ouverte,
Le sang que j’ai léché pour savoir le goût que cela avait,
Le sang que j’ai léché à la main de l’inconnu, un soir rue des Martyrs,
Pour savoir le goût que cela avait,

Le sang panique des coupures accidentelles d’un enfant de sept ans,
Le sang panique des petites filles à qui l’on a rien dit,
Et qui regardent leur petit sexe neuf avec honte et effroi,

Le sang immémorial des femmes qui remplirait la Mer rouge,
Le sang des femmes, de la douleur des femmes,
Le sang immémorial des hommes qui remplirait la Mer noire,
Le sang des hommes, de l’impuissance des hommes,

Le sang des mains crevassées par le travail,
D’une terre promise, assoiffée, irriguée,
Du sang des Palestiniens et des Israéliens,
Ne parlant plus que langage du sang,

Le sang des morts des deux tours giclant sur l’asphalte de New-York,
Après une chute souhaitée de deux cent mètres,
Et qui durait une éternité…

Le sang des enfants mutilés au nom de la survie de leur famille,
Le sang des enfants aux organes arrachés au nom de la loi du plus riche,
Le sang que vendent les pauvres pour acheter un plat de lentilles,
Le sang qu’achètent les riches qui aiment boire le sang des autres,

Le sang des vampires du troisième millénaires,
A qui j’interdirai de boire le mien car il est bleu et impropre à la consommation,

La couleur qui rend fou, qui excite les taureaux et les hommes,
La couleur des chaussures effrontées, deux petits sexes d’homme sur le trottoir mouillé,
La couleur des rayures en forme de soleil, un dimanche de pluie,

L’odeur du liquide que j’ai tant aimé boire, que je regarde de loin lentement s’éloigner, comme on dit Adieu à un ami, légèrement triste,
Souriant s’avoir joué un bon tour à celui qui se croyait plus fort.

Et le sang Rouge aujourd’hui de la colère populaire
Le sang qui enfle et monte
Comme un cri de guerre
Le sang des forçats de la terre.


Paul Rapinat-Seligmann/Catherine Dauriac
17 mai 2003/25 mai 2003

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